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Une fable ? Hélas, non

mardi 16 novembre 2010, par Pierre Cassan

Certaines réalités sont tellement absurdes qu’elles ressemblent à des fables. Hélas, la réalité dépasse parfois la fiction. C’est le cas de l’information que le Parti de Gauche vous présente. Et bien entendu, cette information est prudemment passée sous silence par les medias « officiels ».

L’information « de départ »

Apparemment, elle est anodine : le 6 octobre 2010, Eurostar, filiale de la SNCF, a décidé d’acheter 10 trains à l’allemand Siemens, plutôt qu’au français Alstom.

Motif : les trains Siemens sont moins coûteux que ceux de Alstom. En effet, les trains Siemens sont plus courts, avec des moteurs tout au long du train. Les trains Alstom sont longs avec motorisation aux extrémités. Voilà l’information brute. Simple bagarre entre capitalistes ! Pas exactement. Voici pourquoi.

Des normes de sécurité

Les normes de sécurité actuelles dans le tunnel sous la Manche sont claires. Il faut limiter l’exposition des passagers aux risques d’incendie. Dans ce contexte, les moteurs étant le lieu le plus propice aux incendies, le positionnement de ces moteurs aux extrémités permet une sécurité maximale des passagers. En effet, c’est à l’intérieur du train que les passagers peuvent se déplacer et atteindre les sorties sécurisées. Conclusion : les trains Alstom sont sécurisés, bien plus que ceux de Siemens.

Place à la libéralisation

1er janvier 2010 : libéralisation du trafic ferroviaire international des passagers.
1er septembre 2010 : Eurostar devient une société privée classique (Eurostar International Limited).

Pour l’instant, le gouvernement français fait mine de résister, sans pour autant utiliser les 55 % du capital détenus par la SNCF pour s’opposer à la démarche engagée qui ne vise que la rentabilité.

Dumping tous azimuts

Eurotunnel lorgne sur la multiplication des redevances versées par les compagnies qui résulterait de la libéralisation.

La Grande Bretagne est, par principe, favorable à une déréglementation totale.

L’Allemagne souhaite vendre des trains Siemens.

Ainsi, le 19 octobre dernier, un premier train de la Deutsche Bahn est passé dans le tunnel sous la Manche, avec un train Siemens, ... tracté par une motrice française pour respecter les normes encore en vigueur de sécurité !

Une issue douloureuse ?

Alstom, et ses 8000 salariés, est menacé. La sécurité des passagers est menacée. Les nombreux accidents ferroviaires observés en Grande Bretagne pèsent peu face aux enjeux économiques.

Ainsi, derrière les dégâts économiques et sociaux, c’est aussi la capacité de la puissance publique à fixer les normes d’intérêt général qui est mise en cause par cette libéralisation européenne.

Voilà comment on peut redouter que l’ouverture du marché à la concurrence libre et non faussée finisse par porter atteinte à la sécurité de milliers d’usagers.

Décidement, la morale de cette fable est bien édifiante.