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Retraites : à quand des réformes salvatrices ?

jeudi 22 mai 2008, par Hervé Mantelet

L’allongement de la durée de cotisation à 41 ans n’est pas une solution.

Aujourd’hui plus que jamais, au vu de la précarisation du travail et de la paupérisation croissante d’une large partie de la population, l’urgence est de prévoir les financements nécessaires pour garantir les pensions futures et entières de toutes et de tous.

Avec l’allongement de la durée des études, le retardement de l’entrée dans la vie active, la précarisation du travail, l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres le plus souvent à temps partiel subi, la tenacité des entreprises à licencier et à ne pas embaucher les personnes de plus de cinquante ans, sans parler du chômage persistant, il est irréaliste de penser que les travailleurs et chômeurs d’aujourd’hui en France valideront suffisamment de trimestres pour aboutir à 41, puis 42 annuités.

Contrairement à ce que prétend le gouvernement, le but n’est pas de sauver les retraites par répartition en augmentant le nombre d’annuités à 41 ans : il est d’empêcher l’obtention de pensions complètes, puisqu’il ne prévoit pas les financements nécessaires. Or, qui dit pension incomplète prévisible dit obligation de la compléter par de l’épargne individuelle, autrement dit des fonds privés. Autant dire que les promoteurs des fonds de pension se pressent à la porte de cette soit-disant réforme.

Les Verts rappellent que l’urgence est le sauvetage des retraites par répartition. Ils estiment que seule une réforme d’envergure pourra répondre à un tel enjeu. Au contraire d’un nivellement par le bas qui frappe les moins riches, celle-ci devra s’appuyer sur une solidarité étendue : notre proposition d’élargir l’assiette des cotisations employeurs à l’ensemble de la valeur ajoutée va dans ce sens. Une telle mesure permettrait en effet de moderniser l’assiette des prélèvements sociaux comme le fait la CSG sans pénaliser les industries de main-d’œuvre.

Les Verts sont en effet favorables à l’élargissement de l’assiette de financement de la protection sociale et soutiennent depuis les années 90 un transfert croissant des cotisations sociales de la masse salariale vers la valeur ajoutée (nette) de l’entreprise de façon à neutraliser les choix de production des entreprises ; que les entreprises choisissent d’embaucher ou d’investir, elles contribueront ainsi à la protection sociale en payant une cotisation sur la valeur ajoutée produite.

Le besoin de financement supplémentaire des retraites, si l’on reste à 40 ans de cotisations, sera de 1,3 % du PIB en 2020 et de 2,3 % en 2040. Cet accroissement est dérisoire au regard de ce que sera le PIB et de ce que représentent déjà aujourd’hui les exonérations de cotisations patronales (1,4 % du PIB en 2007).

On peut par ailleurs rappeler que les retraites nécessitent 10 milliards d’euros par an. Rappelons que le paquet fiscal qui a bénéficié à une minorité de contribuables riches coûte chaque année 15 milliards d’euros aux Français.

Le financement de la retraite par répartition sur 37,5 ans, comme l’établissement d’une retraite au minimum équivalente au SMIC est possible : le partage de la valeur ajoutée et l’élargissement de l’assiette des cotisations peuvent, selon les Verts, en être la colonne vertébrale dès demain.

Malheureusement, avec ce gouvernement, une fois de plus, rien de tel à l’horizon. Les solutions proposées sont toujours du même ordre : réduire le montant des retraites par répartition, inciter à économiser pour ceux qui peuvent… La retraite en peau de chagrin reste seule, une réalité bien tangible.