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Les Agences de notation : Attention…Danger

lundi 28 novembre 2011, par Pierre Cassan

Depuis quelques mois, les media (et donc nous tous) vivent au rythme des verdicts rendus par les agences de notation. Comme les medias nous y ont habitués, on nous assène régulièrement des chiffres, des commentaires du style « L’Agence XXX a dégradé la note de XXX en lui retirant un A ». Bien entendu, personne ne comprend mais, un peu honteusement, chacun se dit « ce doit être grave ».

Sauf que personne ne dit ce qu’est une agence de notation. Personne n’en connaissait l’existence voici de 2 ans. Aucune information. Rien...
De même, personne ne dit quel est le jeu que jouent ces agences .

C’est pourquoi le Parti de Gauche de Beaumont souhaite faire le point, donner quelques infos et expliquer ce qu’est une agence de notation, quel est son métier, à quoi elle sert, dans quel contexte elle s’inscrit..etc.

Une agence de notation : qu’es aquò

Il s’agit d’une entreprise chargée de noter des collectivités (État..) ou entreprises. Les principales sont Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch Ratings. Ces structures privées sont créées par les systèmes bancaires pour noter les budgets des États et la situation des banques, banques qui prêtent de l’argent aux États. Quand on sait qu’une mauvaise notation enchérit le coût du crédit et donc profite aux banques prêteuses, on voit vite la convergence d’intérêts.
Il faut savoir que ces institutions ne sont pas récentes. La première agence est créée en 1841 sur le marché américain. Mais c’est à partir de 1970 que la mondialisation conduit au développement international du principe des notations.

Un rôle dévastateur

Il est particulièrement flagrant dans le cas de crise de dettes d’un État. En effet, aucune agence n’a prévu aucun krach et n’a donc joué un rôle « positif ». Au contraire, avant quelques grands cataclysmes financiers, elles ont fait preuve d’un aveuglement stupéfiant. Par contre, en pointant ce qu’elle considère comme un mauvais élève, elle aggrave la situation d’un pays, incite à la spéculation et conduit à un jeu de massacre contre tel ou tel pays. C’est ainsi que l’action des agences de notation a été dramatique lors de la crise de l’Argentine, comme en Grèce, et aujourd’hui…. Et demain…

Une analyse “neutre” ?

Il est bien évident que ces agences sont tout sauf “neutres”. Leur action est très ciblée et très orientée politiquement. Leur analyse est celle de l’ultra-libéralisme. Si un pays connaît une crise des finances publiques, la solution est simple : pour réduire les déficits publics, il faut sanctionner les acquis sociaux, diminuer les investissements à long terme. Jamais n’est remis en cause le système de distribution (fondamentalement inégalitaire) des richesses produites. Non, il faut démanteler les derniers services publics, ouvrir de nouveaux champs à l’appétit du privé. Si un État tente de résister, la menace est immédiate : la dégradation de la note. Ce n’est plus de la notation, c’est de la punition. C’est d’ailleurs pour « conserver à la France son AAA » que N. Sarkozy justifiait la réforme des retraites. Et sur ce sujet, ce n’est pas fini puisque le 10 juin 2011, Standard & Poor’s indiquait « si les autorités françaises ne poursuivent pas la réforme des retraites, ne continuent pas à modifier la sécurité sociale...il est incertain que [nous] maintenions la note AAA de la France ».

Voilà qui est clair. Comme est clair l’avertissement donné au Président Obama. Le Président des E.U manifeste une tiède volonté de maintenir, voire de renforcer, une fiscalité moins dure pour les plus démunis plutôt que de sacrifier les derniers remparts sociaux et il est immédiatement rappelé à l’ordre par cette agence Standard & Poor’s. Le message est limpide : toute résistance, même timide, face au rouleau compresseur de la finance internationale sera brisée. Quel qu’en soit le coût social. Quand on observe l’évolution du système nord-américain (ex : situation à Détroit –EU), on comprend que le message a été reçu, au mépris de milliers d’existences de travailleurs, personnes âgées, familles….

Mais cela, personne n’ose le dire. Pire, la quasi-totalité du personnel politique se tait. Pourquoi ? Simplement car pour afficher une position de progrès, il faut manifester une volonté politique (dans le meilleur des cas) ou refuser une scandaleuse complicité (ce qui est le cas de la plupart).

Une agence européenne : la solution ?

Depuis quelques semaines, c’est un refrain à la mode. Ayons une agence de notation européenne et la situation sera meilleure. Ceci n’est qu’un leurre astucieux. En effet, cela permet de dénoncer le poids de ces sociétés nord-américaines (et donc de flatter un sentiment européen), sans remettre en cause le principe même qui oriente les démarches de ces agences. Car quel sera l’intérêt des peuples d’Europe d’être réduits à subir la poursuite de la politique de démantèlement sur la base d’un diagnostic européen et non plus américain ? Aucun.

Il est inutile de se bercer d’illusions. Le principe même de noter les États sur des bases strictement financières est vicié dès l’origine.


Qu’importe le pelage du renard, si c’est toujours un renard qui gère le poulailler !