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Le grand emprunt : la manœuvre d’un illusionniste

dimanche 3 janvier 2010, par Pierre Cassan

L’annonce du grand emprunt par N. Sarkozy est passée sans réelle réaction, ni indignation. Pourtant, si les medias avaient été moins fainéants et certains politiques un tant soit peu plus courageux, plusieurs points auraient dû être soulignés.

Moyen de creuser les inégalités sociales

Tout d’abord, un emprunt de ce genre, c’est quoi ? C’est emprunter de l’argent aux plus aisés au lieu de percevoir des impôts sur leurs revenus. Et mettre ensuite à contribution tous les citoyens, y compris les plus démunis, par le biais en particulier de la fiscalité indirecte (TVA, TIPP) pour rembourser aux riches intérêts et capital. Dispositif largement utilisé par R. Reagan et George W. Bush. C’est donc un moyen de creuser encore les inégalités sociales.

Des orientations exclusivement libérales

Cet emprunt, quelles sont ses orientations ? Elles sont exclusivement libérales. En effet, N. Sarkozy a indiqué que les intérêts seraient pour partie financés par de nouvelles économies, ce qui signifie une nouvelle étape dans le démantèlement des services publics. Mais ce n’est pas tout. Si 6,5 milliards sont promis aux entreprises sans contre-partie, il n’en est pas de même pour la recherche publique qui ne percevra son dû que par l’intermédiaire de sociétés de valorisation proches des grands groupes. De même, pour les universités, en privilégiant 8 pôles (qui vont se battre entre eux au détriment de l’intérêt collectif), N. Sarkozy exige “le partenariat avec les entreprises et bien sûr des résultats” dont il sera seul juge. De plus, sur les 12 milliards annoncés, seuls 4 milliards seront véritablement affectés. En effet, 8 milliards seront “placés” et seuls leurs intérêts seront utilisables par les universités. Ce schéma a fait d’énormes ravages aux États-unis où nombre d’universités (ex : Harvard) ont été fauchées par la tourmente financière. On transforme les présidents d’université en “boursicoteurs”.

Et le développement durable : en avant toute vers le nucléaire

On peut aussi noter le grand écart entre les propos tenus sur Copenhague et la réalité. Ainsi les aides aux ménages pour favoriser les énergies alternatives s’effondrent au 1er janvier et le grand emprunt fait la part belle au nucléaire. Encore une opportunité gâchée de privilégier une véritable alternative écologique.

Un grand emprunt, oui mais de quel montant ?

Concernant le montant réel de l’emprunt, il est loin des 35 milliards annoncés pour une soi-disant « relance publique ». 13 milliards correspondent au recyclage du prêt aux banques, 8 milliards alimentent des fonds dont les universités ne bénéficieront que potentiellement, 6,5 milliards sont directement attribués au privé.

En conclusion, grâce à un tour de passe-passe que les medias ont avalé sans sourciller, cet emprunt constitue encore une bonne affaire pour les plus riches et enferme encore davantage notre pays dans l’ultralibéralisme.