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La position de la CGT sur les OGM

jeudi 4 octobre 2007, par Roger Bichon

La CGT-Inra (Institut National de Recherche Agronomique), à l’occasion du lancement du « Grenelle de l’environnement » tient à rappeler sa position sur les OGM et plus particulièrement sur les cultures de plantes transgéniques (PGM).

S’il peut être une tribune à des mouvements peu entendus d’habitude, le « Grenelle de l’environnement » n’est certainement pas un modèle de concertation et l’on sent bien que beaucoup de choses sont réglées à l’avance. Il n’a en tout cas pas grand-chose à voir avec les accords obtenus contre le patronat et le gouvernement au printemps 1968, à la suite de l’un des plus puissants mouvements sociaux du XXe !

Mais au moment où d’aucuns, par voie de presse, dévoient les conclusions pourtant diverses et mesurées des chercheurs de l’INRA pour appeler à la généralisation des cultures d’OGM, nous tenons à rappeler, en tant que première organisation syndicale de l’INRA et forte de notre représentation dans l’ensemble des instances de l’organisme, que les choses sont loin d’être aussi simples.

Les recherches scientifiques conduites à l’INRA - comme l’ensemble du développement d’innovations socialement utiles – restent soumises aux lois du marché et les orientations actuelles du gouvernement et de l’OMC ne font que renforcer cette tendance néfaste.

Le développement des recherches sur les plantes, y compris transgéniques, est entravé par une vision mercantile de l’agriculture, qui est déjà la cause de graves déséquilibres mondiaux. Instrumentalisée par les oligopoles biotechnologiques, cette technologie porteuse de progrès possibles risque, dans les conditions actuelles, de mettre à mal notre potentiel de recherche pour un progrès génétique au service de tous. Ce progrès génétique ne se limite pas aux recherches sur la transgenèse et les OGM, tant il est possible de créer des variétés améliorées et performantes, répondant à la demande sociale, en utilisant des techniques non-OGM. Partant de cette analyse, la CGT-Inra appuie sa position sur un certain nombre de considérations :

  • Les plantes transgéniques (PGM) ne feront pas plus de miracles que la génétique en général, mais pas nécessairement moins non plus.
  • Aujourd’hui, il n’y a pas de démonstration probante de l’efficacité extraordinaire généralement prêtée aux OGM végétaux pour l’environnement et la santé ; les PGM actuellement commercialisés le restent au profit unique des multinationales agroalimentaires.
  • Chaque OGM pose des problèmes spécifiques de sécurité écologique et agronomique.
  • L’utilisation de PGM en plein champ pose les problèmes de résistance accrue des ravageurs aux agents de sélection portés par les PGM.
  • Il n’existe à ce jour aucune mesure efficace pour empêcher et contenir les flux de gènes entre champs cultivés à l’échelle du territoire. En conséquence, attacher des sanctions à la présence de gènes particuliers dans des produits agricoles est inique et devrait pour le moins entraîner une série de mesures techniques et juridiques protégeant agriculteurs et consommateurs, mesures qui ne sont pas prises actuellement.
  • Le système des brevets et la mise en culture d’OGM sous licences sur le territoire national mettent en danger le système de certification des semences et de libre accès aux ressources génétiques.
  • La création de PGM résistants à divers pesticides ou ravageurs entraîne un diktat des firmes agro-biotechonologiques et semencières sur les agriculteurs vis-à-vis de leur utilisation.
  • D’autres voies de progrès génétiques (hybridations, sélection récurrente, introgression, etc.) existent déjà et doivent être développées.
  • La non-brevetabilité du vivant est indispensable au développement du progrès génétique.
  • Transgenèse et production de plantes OGM sont des techniques qu’il faut développer et maîtriser à l’INRA pour les besoins des citoyens, et en vue de contribuer à résoudre des questions d’intérêt universel : connaissances des génomes et de leur fonctionnement, innovations variétales utiles intégrées à une vision d’ensemble de la production agricole.
  • Pour la plupart des caractères importants en agriculture durable, un transgène ne pourra être utile que dans une plante améliorée sur l’ensemble de son génome (et non sur un seul gène), d’où le nécessaire développement simultané des techniques d’améliorations qui s’adressent à l’ensemble du génome.
  • La mise en place d’une agriculture de type durable, basée sur l’utilisation de la biodiversité des espèces et l’utilisation
    raisonnée des assolements et des rotations afin de faire baisser
    les pressions parasitaires, reste plus que jamais une alternative
    sérieuse à une production généralisée de PGM résistants à divers
    herbicides ou ravageurs.
  • Seule une recherche publique, et totalement indépendante des
    financements privés, est légitime pour mener des études sur les
    avantages et les inconvénients des OGM. Dans ce contexte, le moratoire de la culture des OGM est nécessaire, et l’État doit assurer à l’INRA les moyens de conduire des recherches sur le sujet.

En rupture avec son suivisme ordinaire, la Direction Générale de
l’INRA doit prendre des mesures pour libérer la recherche publique de ses liens exclusifs avec quelques compagnies semencières (notamment à travers les contrats de l’ANR) et argumenter auprès des autorités pour une nouvelle orientation de la recherche publique.