Accueil > Édito > Faillite

Faillite

lundi 8 octobre 2007, par le bureau

Voici quelques jours, F. Fillon, Premier Ministre, a déclaré « Je suis à la tête d’un État en situation de faillite ».
Une fois encore, les média ont repris la phrase, sans esprit critique. Comme si cette assertion était une évidence.

François Fillon
Sans entrer dans une explication fouillée (pourtant utile), rappelons que pendant 5 ans Fillon et Sarkozy étaient au gouvernement, à des postes de responsabilités. Donc, si la France est en faillite, ils doivent y être pour quelque chose ! Non ?

Précisons également que la notion de faillite pour un État relève, sans cas exceptionnel (ex : certains pays d’Afrique, Argentine au début des années 2000…), d’une approche ridicule. Contrairement à un « faux bon sens paysan », l’État ne se gère pas comme une épicerie ou comme les comptes d’une entreprise.

Mais, le plus simple reste de comparer la situation de la France et celle des principaux pays du monde. Qu’en est-il ?

La dette publique en France représente 64 % du PIB.

Aux Etats-Unis, elle représente 65 %, en Allemagne 68 % en Italie 107 %, en Grèce 105 %, en Belgique 89 %...etc.

Donc M. Fillon ment encore une fois et ceci uniquement pour faire passer sa politique de régression sociale. Ne soyons pas dupes de ces annonces strictement dogmatiques et parfaitement mensongères.

Messages

  • A l’attention du bureau d’Idées pour Beaumont (signataire de l’article) :
    Merci de me permettre de répondre à l’éditorial « faillite »et de faire part en quelques réflexions rapides de mon point de vue sur l’endettement de la France :

    • Le remboursement annuel de la dette s’élève à environ 50 milliards d’euros (325 milliards de Francs !!) soit prés de 25% du budget annuel et à peu prés l’équivalent des recettes de l’impôt sur le revenu !!.
      Que d’investissements sociaux potentiels possibles avec une telle somme ou une partie de cette mme !!
    • Le remboursement de la dette devient le premier poste budgétaire devant celui de l’éducation nationale !!
    • Le risque d’accroissement des taux d’intérêt existe et peuvent alourdir du jour au lendemain de façon sensible la charge de la dette
    • Malheureusement, le déficit budgétaire annuel ne prépare suffisamment les défis futurs : investissements dans la recherche, la formation, les énergies du futur etc… ; il se contente majoritairement de couvrir des dépenses de fonctionnement.
    • Contrairement aux Français qui, gouvernants de droite ou de gauche, continuent depuis les années 80 à augmenter année après année l’endettement de la France, beaucoup de pays ont compris et agissent pour une réduction rapide de leur endettement :
      Quelques chiffres sur la dette : En 10 ans de 1995 à 2004 ( rapport Pébereau de 2005) :
    • Danemark : -28.3 % soit < 50% PIB en 2004
    • Suéde : -22.6% soit <50% PIB en 2004
    • Pays bas : -24%
    • Royaume –Uni :-10% soit <50%PIB en 2004
    • Espagne <50% du PIB en 2004
    • La France est passée de 57 à 64% en 2004
    • L’Allemagne est passée de 54 à 65.1% en 2004 mais a pris des décisions rigoureuses depuis.

    Le déficit annuel
    Il a pratiquement disparu des budgets espagnols, suédois, belge, hollandais, irlandais . Ces pays n’ont donc plus le poste budgétaire de dépenses équivalent aux 50 milliards d’euros de la France !!
    Effectivement, il est possible de trouver pire et de se comparer avec des pays en difficultés comme l’Italie, la Grèce et le Portugal notamment.
    Les Etats Unis dont les Chinois financent dangereusement l’endettement mais qui, contrairement à nous, garde une capacité potentielle de réduction rapide de leur dette.

    La comparaison des taux d’activité ( rapport Pébereau) permet de constater que ce sont ceux qui ont les dettes les plus importantes qui ont le plus de chômage.

    Un endettement lourd contribue et contribuera à appauvrir les plus démunis des générations actuelles et surtout des générations futures.
    Notre génération (la mienne !) n’a pas été et n’est toujours pas suffisamment consciente de ce problème (et de biens d’autres !) et a vécu et vit sans se rendre compte du cadeau !! que nous léguons aux générations futures .Comme exemple de solidarité, il y a mieux !!
    Donc, nous, les gens solidaires !! …, il est temps, essentiellement par solidarité, de se réveiller, de sortir de nos explications parfois dogmatiques et toutes faites et de chercher une réalité complexe qui risque de nous déranger mais qui éviterait à tout le monde mais surtout aux plus défavorisés d’aller dans le mur.
    Cordialement
    Michel Herbaud (adhérent Idées)

    Nota:quand nos gouvernants s’inquiètent de notre dette, ils ont raison. Quand, dans le même temps, ils aggravent fortement la dette par des cadeaux fiscaux (sans retour sur la croissance) aux plus aisés, ils sont coupables.

    • La réponse de Michel H. à un éditorial sommaire et annoncé comme tel est très intéressante. Elle soulève plusieurs interrogations qui méritent d’être éclaircies car elles correspondent bien à une tendance générale diffusée par les medias et par certains milieux.
      Ainsi, la source principale des arguments avancés correspond globalement à la teneur du rapport Pebereau (d’ailleurs cité, très honnêtement, dans la réponse).
      Mais ce rapport est très vivement contesté et démonté par des économistes libéraux mais qui vont au-delà de quelques apparences, d’ailleurs elles aussi largement critiquées.
      Commençons par certaines comparaisons.
      Dire que seuls quelques pays « mineurs » comme le Portugal ou la Grèce ont une dette publique supérieure à la France est faux.
      La dette est de 129 % du PIB au Japon, de près de 100 % en Belgique, de 65 % en Allemagne, de 68 % en Italie...etc.
      Si on s’en tient à la dette nette (dette brute moins actifs financiers détenus par les administrations) -donnée bien plus exacte-, la France est à 47 % du PIB pour 57 % dans la zone, euro, 48 % dans l’OCDE et 47 % également aux Etats-Unis.
      Donc, rien que sur les chiffres, les données volontiers assénées sont erronées.

      Il faut ensuite voir si comme se plaît à le répéter une presse bien orientée la hausse (réelle) depuis environ 20 ans résulte d’une démagogie des gouvernants ou d’autres causes. Là, la réponse est claire ; les causes principales sont des taux d’intérêt très (trop) élevés dans les années 1990 et le chômage de masse.

      La nature des dépenses de l’Etat est intéressante à analyser. Il s’agit pour une part conséquente de « dépenses de redistribution » (retraite, santé, allocations diverses). De plus, si ces dépenses sont surtout des dépenses salariales (environ 50 %), c’est car l’Etat est une « entreprise de services » pour laquelle l’essentiel des dépenses est structurellement constitué par des salaires. Rien de choquant à cela. Sauf !
      Sauf si ce sont ces dépenses qui sont visées. Et c’est bien le cas de ceux qui sous prétexte de dette veulent en réalité s’attaquer au rôle de redistribution de l’Etat. Comme par hasard, ce sont les mêmes qui demandent et espèrent des diminutions fiscales qui bénéficint aux plus aisés.

      D’autres points sont très intéressants à examiner : on nous annonce que nous laissons à nos enfants une dette insurmontable. Mais on oublie de dire que nous laissons à nos enfants (et tous les pays sont peu ou prou dans le même cas) des infrastructures, des écoles, des hôpitaux, des acquis ...etc. Et si on intègre ces éléments, alors nous laissons à nos enfants autant de biens que de dettes.

      Enfin, il faut sortir de cette vision « bon sens paysan » qui n’est qu’illusion. Non les finances d’un Etat n’ont rien à voir avec un budget familial. L’Etat est éternel et, dans l’absolu, peut rester constamment endetté sasn être menacé dans son existence ni sa réalité.
      Au contraire, c’est l’existence même de la dette et de ces effets qui permet à l’Etat de perdurer.

      Ainsi, les discours pointant du doigt la dette ont un tout autre objectif : porter atteinte à un levier de redistribution en faisant l’impasse sur un autre outil qui est la fiscalité.

      Enfin 2 arguments « économistes » :

      • Lorsque l’Etat s’endette, il offre (par le biais d’obligations) des bénéfices à des particuliers et de la sécurité aux entreprises qui détiennent ces obligations, ce qui est positif pour l’économie nationale,
      • La soutenabilité d’une dette publique doit s’évaluer à l’aune de la capacité d’épargne et là aussi la situation française est très correcte puisque cette capacité peut croître encore de 20 % alors que cette possibilité d’effort est restreinte à 10 % en GB ou aux Etats-Unis.

      Bref, tout un ensemble d’éléments permettent de dire que le débat est au minimum biaisé, au pire volontairement faussé pour faire valider des orientations très marquées politiquement.

      Je suis persuadé que cet amical échange aura surtout le mérite d’inviter chacun à chercher à se renseigner et à mieux maîtriser des informations importantes car elles auront des implicatrions concrètes pour nous tous.

    • A l’attention du bureaud’Idées.
      Réponse à P Cassan qui s’exprime au nom du bureau d’Idées ( cela reste à préciser)

      D’abord, soulignons quelques inexactitudes :
      P Cassan me prête la phrase suivante et la qualifie de fausse :« seuls quelques pays mineurs comme le Portugal et la Grèce ont un endettement supérieur à la france ».
      Ce qui est faux, c’est la citation !!
      Les mots « seuls et mineurs » ne figurent pas dans mon texte et je parle « de pays en difficulté » et non mineurs pour l’Italie, la Grèce et le Portugal.
      D’autre part,pour les pays dont la dette est supérieure à la France, je ne parle pas seulement du Portugal et de la Grèce ,mais aussi de l’Italie, de l’Allemagne et des Etats-unis.
      J’aurais pu effectivement citer le Japon ou la Belgique dont je ne conteste pas les chiffres mais aussi le canada dont la dette a été réduite à 45.6% du PIB en 2005.
      Mais, par souci d’équilibre,j’ai cité, volontairement, 5 pays dont l’endettement est supérieur à la France et 5 pays dont l’endettement est inférieur.
      Puis dette brute ou dette nette ?
      Dans mon texte, je parle de dette et surtout de remboursement de la dette.Dans ce cas, il ne peut s’agir que de dette brute(celle qui est liée aux emprunts).
      La notion de dette nette est utilisée quand on veut parler( ce n’est pas le cas dans mon texte), par exemple, de risques de faillite de l’état.

      Puis,soulignons quelques omissions :

      • aucune allusion aux chiffres cités sur lévolution positive du désendettement du danemark, de la Suéde, des Pays Bas, du royaume Uni et de l’Espagne.
      • aucune allusion sur la quasi disparition du déficit dans les budgets espagnol, suédois,belge, hollandais et irlandais.
      • aucune allusion sur le lien entre chômage et endettement dans la comparaison des taux d’activité.

      Puis parlons de redistribution :
      a aucun moment, je n’attaque le rôle de redistribution de l’état et je ne souhaite de diminutions fiscales pour les plus aisées :
      Au contaire, je dis que :

      • la diminution du remboursement annuel de la dette permettrait des investissements sociaux durables.
      • quand nos gouvernants aggravent la dette par des cadeaux fiscaux , ils sont coupables.

      Les remarques de P cassan sur le rôle de redistribution de l’état et sur l’espoir d’une réduction de la fiscalité pour les plus aisées ne concernent pas mon texte mais, peut-être le rapport Pébereau ( mais, bien sûr Mr Watson !)que , entre nous, je n’ai pas lu et auquel, indirectement, j’ai emprunté certains chiffres.
      A mon tour et dans un échange amical, je pourrais plagier P cassan en disant que sa réponse est volontairement faussée pour faire valider des orientations très( et trop) marquées politiquement.
      Je ne le ferais pas ...car ce gente de réponses asséné sans suffisamment de discernement a souvent pour conséquence de faire avorter le débat.

      Au delà de l’analyse de la réponse de P Cassan, je persiste à dire qu’il est primordial de ne pas se tromper : la dette, le remboursement de la dette constituent un risque majeur d’appauvrissement actuel et futur pour beaucoup de nos concitoyens et surtout les plus fragiles.
      Chaque année, la France sort 50 milliards d’euros !!, plus de 20% du budget de l’état pour rembourser les intérêts de la dette. Pas la dette, juste les intérêts !!.
      Un effort de redressement est indispensable pour garantir notamment la pérennité de nos régimes sociaux.En outre,chaque euro dépensé aujourd’hui pour rembourser la dette est un euro qui manque pour préparer l’avenir( enseignement supérieur, recherche etc..).
      Il est de la responsabilité de chacun et, en premier, des personnes solidaires, de s’associer à cette prise de conscience.

      J’espère que cet avis décalé par rapport à l’éditorial du bureau peut matérialiser la diversité d’opinions de
      l’association. La solidarité qui nous anime doit permettre d’émettre des avis différents sans être soupçonnés, par exemple, de chercher à réduire la fiscalité des plus aisés.

      Michel Herbaud (adhérent Idées)

      Nota 1:le déficit public 2006 de la france reste au niveau de 2.5% du PIB alors que le reste de l’europe a vu ses déficits baisser ( la moyenne est de 1.5% du PIB ( source : l’hebdo des socialistes)
      Nota 2:A qui,profite la dette ? P Cassan nous dit :« lorsque l’état s’endette il offre par le biais d’obligations des bénéfices à des particuliers et de la sécurité aux entreprises qui détiennent ces obligations ce qui est positif pour l’économie nationale ».
      Cet argument n’est certainement pas faux
      mais tellement secondaire par rapport au fait qu’en 2004, 39 milliards d’euros
      d’intérêts ont été versés aux banques, compagnies d’assurances, sicav etc..( source citée avec honnêteté !:site de l LCR).
      Nota 3:le lyrisme sur « l’état éternel qui, dans l’absolu peut rester constamment endetté sans être menacé dans son existence et sur la dette qui, au contraire, permet à l’état de perdurer » a certainement de quoi surprendre et d’étonner nos amis argentins comme on dit