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À propos des retraites

mercredi 20 janvier 2010, par Hervé Mantelet

Parlons d’abord pénibilité et fin des « niches » sociales, plutôt que d’imposer aux salariés un report de l’âge de la retraite

Martine Aubry s’engage dans le débat sur le financement des retraites en envisageant dès aujourd’hui le report de l’âge de la retraite.

Le débat doit s’engager sans tabou. L’allongement de la durée de la vie et l’évolution du rapport cotisants/retraités sont une réalité, et tout doit pouvoir être mis sur la table pour bâtir une réforme durable, sur des hypothèses réalistes. La priorité est de consolider dans le temps notre régime de retraite par répartition, qui a montré sa robustesse dans la crise.

Mais il n’est pas envisageable d’aborder aujourd’hui le report de l’âge de départ à la retraite sans avoir abouti sur des sujets prioritaires, qui sont, pour les écologistes, un préalable au débat.

La question des retraites ne peut être déconnectée de celle de l’emploi. Tout allongement de la durée d’activité, et en particulier le report de l’âge légal de la retraite, vient aujourd’hui alimenter les flux de demandeurs d’emploi. Ce n’est donc en rien une solution au déséquilibre cotisants/retraités. Et cette question doit être abordée sous des hypothèses réalistes. On ne fera pas l’économie d’une remise à plat des prévisions d’emploi dans un contexte de rareté des ressources, d’épuisement de la planète et d’essoufflement de la croissance.

La prise en compte de la pénibilité et la souffrance au travail est pour nous un préalable au débat. C’est d’abord une question d’équité. Les ouvriers vivent aujourd’hui six ans de moins que les cadres et dix ans de moins sans incapacité. Depuis la réforme de 2003, les négociations sur la question de la pénibilité n’ont toujours pas avancé. Il est aujourd’hui indispensable de reconnaître l’impact des métiers pénibles et des expositions professionnelles à trois facteurs de risque connus pour affecter l’espérance de vie et l’espérance de vie sans incapacité :

  • le travail en horaires alternants (travail posté, travail en 3X8, ou en 4X8),
  • les travaux exposant à des produits cancérogènes (ex l’amiante),
  • et les manutentions et le port de charges lourdes.

C’est aussi une question de qualité de vie au travail. On ne peut notamment envisager de reporter l’âge de départ à la retraite sans se donner comme priorité l’amélioration des conditions de travail, et notamment celles des plus âgés. Actuellement, les entreprises ont tendance à favoriser le départ des salariés vieillissants, moins « productifs » que les jeunes, plus sujets aux arrêts maladie, supportant mal l’intensification du travail observée ces dernières années. Il faut en finir avec cette pression toujours plus grande imposée aux salariés, et comme l’on fait les pays d’Europe du Nord, apporter une aide massive aux entreprises pour améliorer les conditions de travail.

Enfin, l’effort pour consolider notre système de retraite doit être équitablement réparti et doit commencer par la mobilisation des ressources des entreprises.

Toutes les « niches sociales » qui privent les caisses de retraites de financements substantiels doivent être réexaminées, à commencer par les exonérations concernant l’intéressement, les stocks options, l’épargne salariale. A lui seul, le manque à gagner de cotisations sur l’épargne salariale est de 3 milliards d’euros annuels, et la Cour des comptes avait estimé en 2005 que l’exonération de la participation et de l’intéressement représentait une perte de 3,8 à 5,2 milliards d’euros pour la sécurité sociale ;

Les exonérations de charges sur les bas salaires qui concernent aujourd’hui les salaires jusqu’à 1,6 fois le SMIC et qui constituent une trappe à bas salaires (envisager la possibilité de revenir à 1,3 fois le SMIC) doivent être revues.

Il faut revenir enfin sur les exonérations sur les heures supplémentaires, qui auront coûté au budget de l’Etat plus de 4 milliards d’euros en 2008, et qui contribuent de plus à alimenter le chômage.

Le gouvernement doit engager une lutte contre l’ « optimisation fiscale » et les paradis fiscaux qui permettent aujourd’hui aux entreprises du CAC40 de ne payer que 8 % d’impôts sur les bénéfices, alors que le taux moyen des PME de moins de 10 salariés est en moyenne de 30 % ! Cela coûte 8 milliards d’euros par an à l’Etat. La lutte contre la fraude fiscale qui prive le budget de l’Etat chaque année de près de 30 milliards d’euros, doit enfin être amplifiée pour redonner des marges de man¦uvres sur les questions sociales.

L’examen de ces questions est pour les écologistes une priorité, et un préalable à tout débat. On ne fera pas de réforme durable sans répartition équitable des efforts consentis, et commencer par le report de l’âge de la retraite est sans nul doute un bien mauvais départ !